MODE : AVOIR LA BANANE OU PAS

Depuis plusieurs saisons (et quelques années), le phénomène est on ne peut plus visible : les cropped-top, jeans mom et autres dad shoes ont littéralement envahi les portants. Une silhouette plus vraiment rétro, tout droit venue des 90’s, l’un des revivals majeurs des années 2010 . Et comme tout look est complété d’un accessoire imparable, rien ne vaut celui dont on attendait pas vraiment le retour mais typique de cette époque : le sac banane ! Tour à tour signe distinctif de l’élite, détail street qui tue ou indispensable du randonneur, cette petite pochette nouée à la taille a connu un parcours plutôt édifiant et se révèle l’un des symboles marquants de l’histoire de la mode.

Les grandes heures du belt bag

Après l’avènement du prêt à porter suivit logiquement la déferlante des accessoires, presque aussi mercantiles sinon plus que la ligne de vêtements principale. Dont la maroquinerie, faire valoir incontournable de nombreuses maisons de couture. Différents styles de sacs émergent rapidement, identifiables par leur forme, la manière dont on les porte (shoulder bag) ou encore le clin d’oeil  qu’ils évoquent (sac bowling ou doctor bag). Parmi ces nouvelles déclinaisons inventives et infinies du basique cabas, on vit un jour surgir ce sac noué à la taille dans les années 80. Époque phare des silhouettes dynamiques et conquérantes, cette décennie semblait le moment propice pour voir apparaître le sac banane, qui facilite les mouvements et s’adapte à toutes les circonstances. Les enseignes de luxe se sont rapidement appropriées cette pochette ventrale, lui donnant au passage un cachet luxe (évidemment assorti d’un prix exorbitant).

 

The Rock Fanny Pack GIF - Find & Share on GIPHY

 

Une caution street indéniable

Mais le sac banane conserve toujours cet ADN populaire, qui appartient avant tout aux codes de la rue. Dans les années 90, il explose aux États-unis et peut à peu près tout contenir, du paquet de chewing gum au sachet de coke.

Extrait du film No Pain No Gain (2013)

Après une période bourgeoise, il opère un virage à 180°C. Il double quasiment de volume, affiche des logos et coloris fluos 100% tape à l’oeil et apparaît dans des clips sur MTV. On le voit également briller sur grand écran, comme dans plusieurs scènes du film La Haine.

 

La descente aux enfers

Le début des années 2000 signifie également le déclin de ce micro phénomène mode. L’arrivée flamboyante de la besace terrasse tout sur son passage, et fait des émules (pochette, sac à bandoulière…). Les jeunes optent pour des sacs à dos griffés et customisés. Autrefois accessoire fétiche des stars du R&B, le sac banane s’enlise progressivement dans les abîmes du ringard. Il est désormais relégué au statut de compagnon du randonneur ou du coureur du dimanche matin.

 

Un retour en flèche

Les années 2010 sont sans conteste celles du recyclage des tendances, de l’éternel recommencement et peut être aussi de l’imagination à bout de souffle. On a vu ainsi des pièces improbables revenir d’entre les morts comme le bob ou dernièrement le cycliste. Le sac banane a suivi naturellement le mouvement , se portant cette fois-ci plus haut (au niveau du torse), et en diagonale. Plusieurs marques ne tardent pas à redorer son image, comme Fendi qui ose le 2 en 1 en le fusionnant avec son cultissime sac baguette.

Des labels plus pointus se prêtent aussi à l’exercice, comme Off White. Lors de la dernière fashion week parisienne, l’enseigne l’a ainsi incorporé à ses modèles de doudounes. 

La marque SMHR+ en a également fait l’un de ses leitmotivs de saison.

Au rythme où va le cycle style, nous verrons peut-être un jour nos pires traumatismes mode détrôner la banane lorsque le début des années 2000 sera suffisamment lointain…

 

 

Article signé Camille Gayral