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Di-Meh et Chilly Gonzales : Une rencontre créative

L’EP Chaupard & Chopin : plus qu’une simple rencontre entre deux showmans, c’est une amitié née il y a trois ans entre Di-Meh, rappeur-compositeur genevois, et Chilly Gonzales, rappeur-chanteur-pianiste-compositeur québécois.
Photo : © Ozeak

Di-Meh s’est fait connaître jeune du public rap, avec ses compères suisses d’Xtrm Boyz et de la SuperWak Clique, et grâce à un réseau tentaculaire de connexions qu’il a développé hors de son pays (75ème Session, Caballero & JeanJass). À travers les différentes pièces de sa discographie débutée en 2017, le jeune trentenaire a déjà démontré l’étendue de sa palette artistique.

Vêtu d’une robe de chambre et pantoufles aux pieds, c’est l’image qu’a pu laisser Chilly Gonzales dans l’imaginaire commun. Présent depuis presque trente ans, le musicien a collaboré avec les plus grands noms de la musique francophone et internationale (Daft Punk, Charles Aznavour, Drake, Philippe Katerine). C’est Teki Latex, membre du groupe TTC, qui l’a initié à l’exercice du rap en français, et depuis, il nous a offert des collaborations avec un nombre important d’artistes de la scène francophone.

C’est à l’Hôtel Grand Amour, rue de la Fidélité, à Paris, que nous nous sommes donné rendez-vous pour échanger, autour d’un thé glacé, sur leur EP commun Chaupard & Chopin. Lors d’une conversation de plus d’une heure, nous avons évoqué le contexte de leur rencontre, appris différentes anecdotes sur la création du disque et discuté du fonctionnement de l’industrie musicale.

Chaupard & Chopin, sorti le 26 juin 2026.

Votre première rencontre a eu lieu lors d’un concert de Chilly au Théâtre Léman de Genève  le 12 décembre 2023 pour une reprise du titre « Focus » de Di-Meh. Une séance de studio s’ensuivit. Peut-on dire qu’il s’agit de la genèse de Chaupard & Chopin ?
Di-Meh : Complètement ! C’est un peu à ce moment-là que la connexion s’est créée réellement. Ce soir-là, on ne s’est pas dit qu’on allait faire un EP ensemble. C’est vraiment l’après, quand on s’est revus et qu’on a fait d’autres sessions.
Chilly Gonzales : C’est pas lors des premières séances studio, c’est quand je suis revenu faire le concert à Morges [NDLR : commune dans le canton de Vaud en Suisse], dans un petit bled qui est à côté de Genève, en décembre 2024. Di-Meh était dans le public et m’a vu sur scène.
Di-Meh : Après, on est allés à Genève. On a fait une session studio.
Chilly : C’est ça ! C’est là qu’on a fait les morceaux « Méridien » et « Chaupard & Chopin », en quelques heures. Les gens qui me connaissent vont utiliser ce mot en premier pour me décrire : entertainer. Di-Meh est aussi un entertainer, contrairement à d’autres rappeurs qui sont des créatures de studio. Di-Meh est vraiment une créature de scène comme moi [Di-Meh rigole]. Je crois que c’est pour ça que sur le titre « Chaupard & Chopin », il y a une énergie singulière ; qui ne serait pas évidente pour les gens qui disent : « Ah ! Je veux travailler avec le grand pianiste Chilly Gonzales. » Lui, il sait que je suis un showman. Moi, je sais qu’il est un showman. C’est plutôt là que l’on s’est rencontrés, avec « Chaupard & Chopin ». C’est une rencontre humaine qui va au-delà d’une rencontre de studio.

Oui, on le ressent, chaque titre a une ambiance particulière et chaque morceau une construction singulière.
Di-Meh : Chaque morceau est unique dans son genre !
Chilly : « Chaupard & Chopin » déjà, c’est un morceau turn-up life, où tous les deux on fait du passe-passe. Après, « Calliope », c’est un morceau qui parle de monter sur scène. 

« Calliope » fait référence à la muse de la poésie dans l’Illiade et l’Odyssée. Quelle est pour vous la signification de ce titre ?
Chilly : C’est ça, une déesse des arts, de l’inspiration créative.
Di-Meh : C’est pendant le refrain qu’on a eu cette inspiration.
Chilly : Comme on est des showmans, on connaît le truc où on a pas envie de monter sur scène. On commence le morceau « Chaupard & Chopin » en disant « ah ouais on est là, on est cool », et après, « Calliope », c’est ce qu’il y a derrière le rideau.
Di-Meh : C’est comme le film Birdman, le truc derrière la scène de théâtre.

Et dans ce même son, vous faites une différence entre les artistes qui parlent de choses concrètes et ceux qui ont des paroles avec un contenu un peu plus fabulateur. C’est un message envoyé à l’industrie musicale ? Ou vous cherchez à montrer comment choisir d’être un artiste nécessite de la détermination et aussi un peu de sacrifice personnel ?
Di-Meh : D’être même prêt à être pauvre pour faire de la musique. C’est ça la vision.
Chilly : Ça exprime un peu les frustrations que l’on peut vivre en tant qu’artiste jeune, ou même avec plus d’expérience. Mais finalement, il ne faut pas oublier des trucs de base. Et c’est là mon rôle dans le morceau, c’est de venir en ange gardien, un peu Calliope, presque incarné disons : « Il faut qu’on continue », que l’on « soit une étoile qui cartonne ou un inconnu qui charbonne, il faut qu’on continue ». Donc c’est aussi pour encourager le personnage de ce petit film birdmanesque, l’artiste incarné par Di-Meh. Je viens pour dire « non, non, continue, continue, continue malgré tout ».

Il peut vous arriver de connaître des périodes de baisse de motivation ?
Di-Meh : Cela arrive à tous les humains je pense d’avoir des baisses de motivation. Quand tu es up, tu fonces, mais quand tu es down, il faut foncer aussi.
Chilly : Chaque artiste doit choisir d’être seul dans son coin ou d’être la bitch de l’industrie. La troisième façon de faire, c’est d’être dans une trêve fragile avec l’industrie : et c’est ça qu’on a choisi d’être. Il faut s’adapter et faire le mieux avec, sans être non plus en rejet total. On ne va pas faire tout ce que l’industrie nous demande, non ! Parce que sinon on devient vraiment des marionnettes !

Di-Meh, Chaupard fait référence à un surnom que t’as donné ta mère provenant de sa manière de prononcer Tupac Sakur qu’elle appelait Paco Chaupard. On l’entend d’ailleurs le prononcer dans l’intro de ton projet OV3 2.
Di-Meh : Chilly aussi avait trouvé ça trop fun à ce moment-là ! Quand on a fait le premier morceau « Chaupard & Chopin », je crois qu’on le cite même pas Chaupard & Chopin dans le morceau. C’est Batman et Robin. Non, le fait que Chopin soit pianiste ça a marché tout seul.
Chilly : Dans le morceau, Di-Meh parle de Biggie et 2Pac, il l’avait déjà écrit. Et donc, bien sûr, je comprends qu’il a un lien avec les deux rappeurs, notamment réputés pour leurs qualités de freestylers. En parlant d’eux, il évoque son rapport à la scène.
Di-Meh : Moi je viens du freestyle.
Chilly : Il a gagné des concours de rap quand il était adolescent, il a été repéré par Aketo à 15 ans, iI est lié à cette tradition-là.

Cette tradition on le ressent beaucoup sur le morceau « Live at Studio 54 ». Est-ce que c’était l’objectif du morceau ?
Di-Meh : L’objectif du morceau, c’était aussi de replonger Chilly dans ses années folles.
Chilly : On était en train de regarder des vidéos de quand j’étais beaucoup sur scène à Berlin à faire des couplets en anglais au début des années 2000. Et ça rassemblait beaucoup plus à ses concerts à lui aussi. Et donc dans le titre « Chaupard & Chopin », quand lui parle de Biggie/2Pac, je me suis dit « c’est quoi mes équivalents ? ». Moi, je viens d’une tradition de musique classique, donc pour moi, 2Pac c’est Chopin. Et du coup, j’ai commencé à avoir les rimes Batman et Robin et Chaupard et Chopin. J’ai compris qu’il y avait une assonance très satisfaisante. C’est comme ça que le truc est né.

Comment c’est construit ce morceau ? Parce que le sample vient d’une vidéo d’un concert de Chilly à Jazz des Cinq Continents à Marseille en 2019.
Di-Meh : Oui, c’est « Live at Studio 54 » justement. En gros, quand on regardait ses vidéos dans les années 2000, il me dit « je crois que j’ai un truc ». Il m’a montré ses vidéos de concert et m’a dit « ce serait cool que tu essayes de sampler ça ». Du coup, je me suis mis au boulot et j’ai samplé la vidéo.

Chilly : Il a fait la prod en cinq minutes sur son téléphone ! Parce que, ce que les gens comprennent pas, c’est que Di-Meh est un très bon beatmaker. Et ce que les gens comprennent pas de moi, c’est que je sais rapper. Quelque part, ce projet nous permet aussi de nous exprimer chacun dans tous les domaines.

Il y a du Chopin en toi Di-Meh, et du Chaupard en toi Chilly.
Di-Meh : C’est ça ! Ce qui m’a permis de m’exprimer aussi dans l’aspect composition. Et lui, je lui permets de s’exprimer dans l’aspect verse.
Chilly : Voilà, c’est pas dans toutes les collaborations où on me le demande. Des fois ça arrive : Souffrance, Jungle Jack. Sur le prochain projet de Jungle Jack, je fais un couplet par exemple.

Photo : © Ozeak

En plus d’être des showmans, des entertainer, vous investissez du temps et de l’énergie à écrire des textes. Est-que vous trouvez que cet aspect de votre personnalité artistique n’est pas assez mis en avant ?
Chilly : C’est ce qu’on disait hier, que parfois, on nous met dans une box ; je me dis qu’au moins c’est une bonne chose, on nous range quelque part.
Di-Meh : On nous met dans un bol.
Chilly : Mais bien sûr, un morceau comme « Méridien », déjà, il est en quatrième position et c’est un morceau bien plus deep. Il est né d’un piano-voix un peu plus introspectif, c’est du rap mélodique. Il a une prod un peu vapor wave [NDLR : genre musical né sur internet dans les années 2010 qui se caractérise par une fascination pour la culture rétro] qui permet, à cette place dans la tracklist, de casser le côté « ok, c’est une rencontre de deux showmans ».

Dans le morceau « Méridien », tes paroles, Di-Meh, sont plus introspectives. Dans une interview il y a quelques années, tu expliquais que tu étais pudique dans ton écriture. Aujourd’hui, tu te considères plus à l’aise pour avoir une écriture personnelle ?
Di-Meh : Ouais ouais, carrément. Il y a peut-être trois ou quatre ans, j’étais un peu plus pudique dans ma façon d’écrire, mais grâce à Chilly, ça a évolué.
Chilly : On voulait aller dans un autre registre que « Chaupard & Chopin ». Donc dans ce morceau-là, il se permet de se mettre au micro : il commence, il fait genre deux lignes vraiment du cœur. C’était pas écrit sur papier, ni lu sur le téléphone. J’avais pas trop vu d’artistes faire du bar by bar avant. Donc le côté multisyllabes, punchline, réfléchi, est moins présent et ça permet d’aller vers un morceau plus brut et sincère. Moi, je kiffe quand les artistes font ça. J’aime bien le rap technique mais c’est pas le truc que je mets au-dessus de tout. Pour moi, c’est l’émotion qui compte. Donc, je vois qu’il y a un truc qui sort et c’était fascinant à regarder.

Les paroles de « Méridien » évoquent la période qui succède à une rupture amoureuse. Le méridien est une ligne qui sépare le globe terrestre en deux. Est-ce que tu as utilisé cette image pour symboliser cela ?
Di-Meh : Oui, c’est une ligne imaginaire. T’as capté. C’est exactement ça, il a tout compris [en s’adressant à Chilly]. Et vu que j’ai fait le refrain mesure par mesure, j’ai vraiment pu laisser parler mon cœur.
Chilly : Mais, un truc particulier sur ce hook, on n’en a jamais parlé : comme il dit les mots comme « le méridien », la partie « comme le » est chantée d’une manière précipitée. Il y a un truc où Il bégaye presque. Et après, le mot « méridien » tient tout le long et il le rallonge. Et moi je trouve que comment tu as construit les mots, il y a vraiment un truc qui correspond parfaitement à l’émotion. Et au début, j’avais pas trop compris ce que tu faisais, je me disais presque que tu ne savais pas où tu allais. Mais une fois que tu l’as fait, j’ai compris la deuxième fois que j’ai écouté que c’était parfaitement intentionnel. Et moi, j’adore ça !
Di-Meh : C’est mes restes de freestyle. Tous les roulements « comme le », « dès que le », viennent de là.

Il y a la partie écrite par Di-Meh et il y a le piano. Moi qui suis très fan du morceau « Within », je voulais te demander, Chilly, ton secret pour les riffs de piano.
Chilly : C’est simple de le faire quand tu es face à quelqu’un qui est dans le même mood, qui veut dégager la même chose. Tu vois le piano que j’ai fait sur « Ils me rient tous au nez » de Théodora ? J’aurais pas pu le faire si le morceau n’existait pas déjà, et qu’on n’avait pas décidé de le réimaginer. Souvent on me demande de faire des morceaux comme ça, et c’est bien ! Mais il faut vraiment être face à la personne. Je ne peux faire ça qu’en réel.

JeanJass est crédité à la composition sur « Pacino Pacino » et la partie de Jungle Jack ressemble à l’univers du disque commun avec JeanJass, Cognacs & Cigarettes. Vous souhaitiez reproduire cette ambiance ?
Chilly : En fait, j’ai fait l’instru de la première partie du morceau « Pacino Pacino » avec JeanJass à Cologne. En parallèle de ça, j’ai commencé à expérimenter des trucs un peu drumless style The Alchemist et Roc Marciano.
Di-Meh : Et après on a eu la vision !
Chilly : Dans l’univers francophone, c’est plus JeanJass qui fait ça. Donc, j’avais une instru que j’avais fait un peu en pensant à nous, et direct Di-Meh a dit : « Non, mais c’est pour Jungle Jack ». Et bien sûr que Di-Meh avait la vision de Cognacs & Cigarettes en tête.
Di-Meh : Et en plus, le truc c’est que les deux instrus matchaient ensemble en termes d’harmonie et de composition.

Ah d’accord, ce sont deux prods séparées que vous avez associées.
Chilly : Voilà ! JeanJass a fait la deuxième partie du morceau, et, inconsciemment, je lui ai un peu rendu hommage avec la première partie où Jungle Jack rappe. Et en plus, c’est Di-Meh qui m’a présenté Jungle Jack qui était aussi un des premiers guests de ma série Zilch.

Jungle Jack est réputé pour la qualité de son écriture et la précision de ses références. Vous vouliez que cela apparaisse à un moment sur l’EP ?
Chilly : La période où on a sérieusement commencé à travailler sur l’EP, c’était à l’hiver 2025. On a voulu faire un feat avec lui car on s’entendait bien tous les trois, depuis le moment où Di-Meh nous a présentés. C’était une évidence, il fallait juste attendre la bonne instru et le bon concept. Ce dont on est contents, c’est que « Pacino Pacino » est le morceau qui sort du lot dans les cinq, notamment pour les radios. Mais c’est pas un morceau conçu pour être diffusé en radio car il est contre intuitif. Dans le sens où quelqu’un qui travaille dans une major va pas dire : « Ah, c’est celle-là ! » Mais parfois, le marché, l’internet ou le public parlent tout seuls. Il y a un morceau qui sort du lot et c’est toujours encourageant pour nous musiciens quand c’est un morceau qui n’a pas été créé dans un laboratoire pour marcher, mais qu’il marche.

En visionnant le très beau clip de « Pacino Pacino » j’ai cru y percevoir une esthétique similaire à certains films d’animation français et des références à la culture nippone. Est-ce que vous avez cherché à raconter une histoire particulière à travers ce clip ?
Di-Meh : C’est un peu aügen le réalisateur qui s’est inspiré. Nous on lui a vraiment laissé carte blanche. Il a pris énormément de temps.
Chilly : Mais bon, ils bossent depuis longtemps ensemble aügen et Di-Meh, ils ont une relation de confiance, de goût et d’univers. Parfois c’est bien de laisser les gens bosser.

Et c’est le même processus pour le clip de « Live at Studio 54 » ?
Di-Meh : Pour celui-là, on lui a quand même pitché des petites idées, mais on lui a laissé 80 % de liberté.
Chilly : À Cologne, il y a le carnaval qui se déroule tous les ans en février, comme à Rio de Janeiro. Avec des Allemands qui sont supers coincés la plupart du temps mais  pendant une semaine, ils se lâchent vraiment.
Di-Meh : Du coup on est allés dans un magasin de déguisements. On a trouvé plein de trucs, comme des costumes Haribo. On a fait ça chez Chilly avec un fond vert éclaté, on s’est régalés. 

Je trouve que ça représente bien l’EP dans sa globalité.
Di-Meh : C’est ça, c’est farfelu. Un peu comme la cover aussi.
Chilly : On se souvient quand Kanye était déguisé en Perrier, c’est une référence. J’ai reçu des messages des rappeurs les plus streets qui m’ont dit : « Ça tue les Haribo ! », genre JRK 19.

Ce projet-là peut éventuellement créer des connexions surprenantes !
Chilly : Oui c’est ça, il faut juste oser.
Di-Meh : Et il ne faut pas avoir peur du ridicule aussi.

Ce n’est pas ce que tu expliquais Di-Meh, quand tu parlais de la signification de Xtrm Boyz ?
Di-Meh : Xtrm Boyz et SuperWak, et oui c’est ça. Souvent, dans le rap français on est trop sérieux, et par moment, sortir des clichés, c’est bien.

Et tout en ayant du second degré, on peut aussi aborder des thématiques sérieuses.
Di-Meh : Oui bien sûr, ça se fait de plus en plus, mais il y a 10 ou 15 ans, tu faisais un clip déguisé en Haribo, les gens se disaient : « Ils font quoi eux ? ».

C’est un peu cette catégorie de rap absurde/alternatif où on classifiait Teki Latex et TTC, La Caution ou autre à cette période. Et avec le temps, les esprits se sont ouverts, et les univers singuliers sont devenus communs.
Di-Meh : C’est ça ! T’as compris.
Chilly : Moi, je dirais que ce sont les influences américaines. Et TTC, ils étaient bien en avance sur leur temps à vouloir avoir des influences américaines et anglaises, c’étaient vraiment des visionnaires. Le fait qu’ils faisaient des mixtapes à l’époque, que Teki ait fait de l’Auto-Tune, Cuizinier a fait un morceau drumless avec moi en 2009… Il y a plein de trucs qui sont redevenus à la mode dans le rap français.
Di-Meh : C’est tout un cycle en réalité, tout revient à la mode à un moment.

Di-Meh dans le morceau « Chaupard & Chopin », tu dis « Toute ma vie je fais des bangers ». Quelle est votre définition d’un banger ?
Di-Meh : Pour moi, un banger c’est un truc qui se ressent naturellement.
Chilly :
Pour moi, un banger c’est un morceau qui, dès les premières notes, on a les combinaisons de qualité, de timing. Ce qui est bizarre, c’est que ce sont vraiment les auditeurs qui déterminent un banger. Quand on a fait Zilch par exemple, on a fait six morceaux sur six épisodes. On avait nos préférés, mais il y a un moment où le morceau avec Bu$hi est devenu viral. On ne peut pas déterminer pourquoi. Mais pour être honnête, on n’aurait pas su le dire avant. Même « Pacino Pacino », quelque part, est un exemple de ça. Il faut qu’il y ait un consensus du public pour déterminer un banger.

 

Photo : © Ozeak

Dans le titre « Pacino Pacino », tu décris un train de vie confortable de rappeur et après tu dis « Je reste un blédard comme Borat ». Est-ce que tu restes très attaché à tes racines algériennes et marocaines ?
Di-Meh : Oui bien sûr. Après quand je dis que j’ai un train de vie de ouf, j’ai pas un train de vie de ouf. C’est de l’egotrip.
Chilly : C’est marrant, parce que moi j’ai des origines hongroises et roumaines dans ma famille. Et Borat, c’est censé se passer au Kazakhstan ou en Ousbékistan, et il a filmé en Roumanie je crois. Moi, je me retrouve aussi beaucoup dans l’humour de Sacha Baron Cohen.
Di-Meh : C’est ça, même si le train de vie augmente, il ne faut pas oublier d’où l’on vient.

Oui, et après c’est également le côté egotrip.
Di-Meh : Oui, et puis, c’est aussi le côté Jungle Jack. Il aime les bons plats, les bons trucs. Même, c’est pour ça que mon couplet dans le morceau « Pacino Pacino », je me suis dit que j’allais envoyer un peu du sashimi de daurade [« Ma maman me d’éteindre la lumière, c’est pas le château d’Versailles / Avant j’était sick, maint’nant, ma vie est chic, sers un sashimi d’daurade »].

Vous avez joué plusieurs morceaux sur la scène de l’Olympia à Paris pour la Fête de la musique, comment était l’énergie avec le public ?
Di-Meh : C’était crazy !

Est-ce que vous avez retravaillé les morceaux pour la scène ?
Chilly : En fait, il fait un petit S/O à Gaspard Sommer qui chante à la fin du morceau « Méridien ».

Quel rôle Gaspard Sommer a joué dans le projet ?
Chilly : Il a déjà accompagné l’enregistrement. Il enregistre les voix et ilest arrangeur. Gaspard, c’est aussi une présence qui nous complémente. Nous, on est là dans un truc un peu fou et lui il cadre. Mais, c’est un vrai artiste aussi. C’est lui qui s’occupe du live et des musiciens.

Toi, Di-Meh, tu travailles depuis longtemps avec Gaspard Sommer ?
Di-Meh : Oui, je le connais depuis super longtemps. Et ces deux dernières années, on a vraiment commencé à collaborer ensemble musicalement. C’est un artiste genevois qui développe ses trucs depuis une quinzaine d’années. J’essayais de trouver l’univers et la manière dont ça pouvait matcher avec Gaspard, Alan (DB.CHAN) et tout son groupe.

Quels sont les rêves qu’ils vous restent à concrétiser en tant que Chaupard et Chopin ?
Di-Meh : Des streams, des ventes de vinyles. On l’a pas fait pour les streams, mais ce serait cool qu’il y ait un bon retour.
Chilly : Moi, je dirais que c’est une étape importante pour nous deux, séparément et ensemble. Ça nous nourrit pour la suite. On vient de sortir le disque il y a trois jours, c’est très particulier. On a deux, trois projets d’avance à chaque fois.

Et la suite créative ?
Di-Meh : Le 10 mai 2027, ça va être les 10 ans de « Focus », un de mes morceaux phares, qui a changé ma carrière, donc je vais essayer de créer un truc pour ça.
Chilly : Moi je suis en train d’essayer de réaliser une deuxième saison de Zilch, et d’autres choses comme ça. Je sors un album avec un groupe de OG qui s’appelle La Rumeur.

Photo : © Ozeak

EP « Chaupard & Chopin » disponible sur toutes les plateformes, distribué par Jeune à Jamais.

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