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Voix essentielles : trois femmes, une culture

Du temps des block parties jusqu’à la fameuse union du 11 août 1973 entre Cindy Campbell, son frère DJ Kool Herc et Coke La Rock, la communauté a toujours été au centre de la culture Hip-hop. Souvent restées dans l’ombre, des femmes déterminantes ont porté cette culture sur leurs épaules afin d’en faire partie, à l’image de Mimi Valdes, Sabrina Jean et Maï Lucas. Ces parcours rappellent que le hip-hop s’est aussi bâti grâce à ses voix mais essentielles à son histoire. Mimi Valdes, Skandal et Maï Lucas ont consacré leur vie à une culture devenue essentielle. Plus que des témoins, elles en sont des actrices, portées avant tout par la passion.

Mimi Valdes : Une jeunesse new-yorkaise au cœur des années fondatrices

Mimi Valdes grandit à New York en étant une Flygirl, une femme engagée dans la culture, reconnaissable à son look. Elle évolue au cœur du Hip-hop naissant du début des années 1990. À cette époque, tout reste à inventer : la manière de pratiquer cette culture, mais aussi la façon de la raconter et de la légitimer auprès du grand public.

En septembre 1992, le magazine Vibe, créé par Quincy Jones en collaboration avec Time Warner, lance un numéro pilote. L’impact est immédiat ! Vibe secoue la presse musicale et s’adresse directement aux amateurs de Hip-hop. Mimi Valdes rejoint la rédaction la même année.

Étudiante en journalisme à l’université de New York, elle met la main sur un numéro de pré-lancement, avec Treach de Naughty By Nature en couverture. Séduite par le design, la photographie et le texte, Mimi Valdes comprend qu’un espace existe pour réunir ses deux passions : les magazines et le Hip-hop. Par la suite, chez Vibe, elle gravit tous les échelons : assistante éditoriale, rédactrice exécutive, puis rédactrice en chef adjointe.

Son parcours la mène ensuite vers le cinéma et la télévision, avec des crédits de production sur les films Dope, Roxanne Roxanne ou encore la série Harlem. Mimi a ainsi poursuivi son engagement à faire rayonner la culture hip-hop au-delà de la musique. Aujourd’hui, la New-Yorkaise travaille aux côtés de Pharrell Williams au sein du collectif créatif I Am Other.

Sabrina Jean : Une carrière au croisement des générations

Figure incontournable de la scène Hip-hop montréalaise, Sabrina Jean, alias Skandal, se distingue très tôt par son amour des langues et du flow. Elle commence à faire de la musique au début des années 1990, période charnière pour l’émergence du Hip-hop à Montréal et dans la ville de Québec.

Très jeune, elle monte sur scène au sein du duo féminin Dangerous Combination, avant de poursuivre son parcours au sein du groupe désormais légendaire South Squad. Rapidement, Skandal s’impose comme l’une des rappeuses les plus respectées de Montréal. 

Skandal est une découpeuse : elle rappe de manière très boom bap, tout en excellant sur la trap comme sur le drumless, très populaire à Montréal. Ses textes sont empreints de féminisme et d’empowerment.

Son parcours est ponctué par des collaborations marquantes, notamment sur le morceau « Défonce » de La Gamic, ainsi que par sa contribution à l’album Armageddon de Rainmen, référence majeure du Hip-hop montréalais. 

Alors que le hip-hop québécois célébrait ses 40 ans en 2023, son parcours apparaît comme celui d’une véritable pionnière, à la fois témoin et actrice directe de l’histoire du mouvement. Au fil de sa carrière, elle croise également la route de figures majeures du Hip-hop international, dont Nas. Aujourd’hui, Skandal poursuit son chemin artistique, sort des singles, collabore avec la nouvelle génération, œuvre dans l’associatif et participe à des projets collectifs comme Blanc Manger, un supergroup funk-rap aux sonorités groovy, très en vue à Montréal.

Maï Lucas : Documenter les siens et saisir l’instant

À Paris, Maï Lucas vit le Hip-hop de l’intérieur avant même de le photographier. Flygirl des années fondatrices, elle documente son entourage, sa génération et une culture en train de naître.

Parisienne, née aux Halles d’un père français et d’une mère vietnamienne, Maï grandit dans un quartier alors traversé par des influences multiples : culture alternative, nuits électriques et scènes artistiques émergentes.

À travers ses photos, elle archive une mémoire précieuse du mouvement. De Dan de Ticaret à Assassin, en passant par les Fly Girls parisiennes, Stomy Bugsy, MC Solaar, Maï Lucas capture les premières années du hip-hop parisien. Elle rencontre Vincent Cassel aux Bains Douches, traîne à la fameuse boîte du Globo dans le 10e arrondissement, le terrain vague de la Chapelle tout en faisant des allers retours entre Paris et New York. Ses photos ont participé à façonner l’histoire et en font entièrement partie. 

En début d’année 2026, Maï Lucas a exposé ses photos dans le 4e arrondissement parisien. L’exposition All Eyes On Me, dont le nom est tiré d’une chanson du regretté Tupac Shakur, est une exposition à ciel ouvert où les photos présentées documente la culture hip-hop des communautés afro-américaines et latino-caribéennes de New York (du Bronx à Harlem), à une époque où ces cultures affirmaient une identité créative forte, libre des normes dominantes et encore intacte face à la récupération commerciale.

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