Dans une scène R&B française toujours plus friande de profils extrêmement créatifs, BB Noyaa cristallise beaucoup d’espoirs depuis ses débuts. Son timbre de voix et sa prestance rappellent les classiques du R&B américain, ses influences principales ; mais la jeune artiste de 2026 sait jouer avec les codes de toutes les époques. BB Noyaa vient de sortir son premier EP, Sentimentale : l’occasion d’en découvrir davantage son univers.

Adrien : Qu’est-ce que ça te fait d’avoir enfin sorti ton premier EP ?
BB Noyaa : L’excitation est enfin redescendue ! Mon public l’attendait, et moi aussi. Comme c’est lepremier, j’ai aussi besoin de voir les avis de ceux qui l’ont écouté.
A : Après avoir été dans les onze à suivre de Booska-P en 2025, as-tu ressenti une
certaine pression du public par rapport au fait de ne pas avoir livré ce projet dans la
foulée ?
B : Je trouve que c’est bien de se faire un peu attendre. Il ne faut pas trop donner tout de suite. Après Booska-P, ça a été très rapide pour moi, j’avais sorti juste deux morceaux et un
double single, donc j’avais besoin de faire patienter. Au final, je trouve que cet EP sort au
bon moment.
Cet EP Sentimentale sort au bon moment pour moi.
A : Combien de temps as-tu passé sur la création de ce projet ?
B : En réalité, je l’ai fait sur une année. À partir de l’année dernière, j’ai vraiment commencé à penser projet, mais c’est vrai qu’au départ, je n’avais pas trop envie de me mettre cette
pression-là. Parce que marcher avec des singles et faire un projet, c’est pas du tout la même façon de bosser. En plus, j’avais besoin d’aborder certains sujets beaucoup plus différents de ce que j’avais l’habitude de faire.
A : Le titre de l’EP, c’est un mot qui veut dire beaucoup de choses pour toi. Quelle est ta
définition d’une personne sentimentale ?
B : Une personne sentimentale, c’est celle qui va ressentir un peu toutes les émotions, moi, par exemple, je suis très émotive mais aussi très généreuse, je suis souvent dans les extrêmes.
A : Tes sentiments, on les ressent à travers ta musicalité, dans laquelle il y a une grosse vibe R&B américain des années 1990. C’est avec cette musique que tu as grandi ?
B : Oui, j’ai beaucoup grandi avec cette musique, avec Brandy, Monica, Mary J. Blige, puis dans les années 2000, ça a plus été Beyoncé, avec ce côté plus sulfureux. J’ai écouté un peu ce genre de mélange.
A : L’intro de l’EP commence par une voix d’enfant qui dit : « Maman, regarde comment je
chante. » Est-ce que ta mère a été un soutien de taille pour te lancer dans la musique ?
B : Ma mère, dans ma jeunesse, en réalité, elle me poussait beaucoup. En sortant de l’école,
elle avait l’habitude de m’emmener tous les vendredis soir faire des karaokés. Et elle me
poussait aussi à lui chanter des chansons en échange d’argent de poche.
A : Qu’est-ce que tu lui chantais ?
B : Dans les moments familiaux, c’était des chansons que j’avais moi-même écrites. Au karaoké, je chantais du Britney Spears, du Madonna…
A : C’est pour ça que c’était important de lui laisser une petite dédicace dans le projet ?
B : J’avais besoin de montrer d’où viennent mes bases. Pour moi, la musique, ça a été un peu
égoïste, on a connu beaucoup de difficultés familiales, donc pendant un temps j’ai mis ça de côté pour m’occuper de ma mère. Dans l’intro, c’est ce sujet que j’aborde, pour montrer que je suis dans ma classe, je suis pas forte à l’école parce que je rêve de faire de la musique, et à côté de chez moi, quand je rentre, il y a des problèmes, donc ma porte de sortie, c’est ma musique…

A : Tu évoques aussi les violences conjugales subies par ta mère dans ce titre. Est-ce
que tu en as eu conscience immédiatement, et à quel point ça a eu un impact sur
l’enfant que tu étais ?
B : J’ai tout de suite compris ce qu’elle subissait, donc j’ai eu des responsabilités très tôt, c’est pour ça que je suis très indépendante. Je pense que ça se sent aussi dans ma musique, je n’ai pas vraiment attendu de rencontrer des personnes, d’avoir du matériel, des studios à
disposition. J’ai commencé toute seule dans ma chambre à écrire des morceaux, donc oui, je pense que ça a eu un impact sur moi. C’est ce dans quoi je pouvais me réfugier, quand ça
n’allait pas bien à la maison, je créais mon espace où tout va mieux.
A : Tu répètes que tu t’es faite « toute seule ». Est-ce que c’était une volonté de ta part de
te faire seule, ou est-ce que tu n’as juste pas eu le choix ?
B : Je n’ai pas eu le choix. Si j’avais eu le choix, j’aurais peut-être fait les choses autrement,
mais je pense que ça aurait donné une tout autre personne, que j’aurais été totalement
différente, pas le même caractère, pas le même culot.
A : Dans le mot « sentimentale » il y a tous types de sentiments, pas seulement
amoureux. Est-ce que tu concevrais de faire de la musique sans cet aspect
sentimental ?
B : Je ne pense pas, parce qu’en réalité, la musique, c’est une vibe, un feeling. On n’a pas
toujours envie de capter toutes les paroles, dans certaines chansons UK ou US, on ne
comprend pas toujours tout ce qui est dit, mais on va chanter les paroles parce que c’est la
mélodie qui fait tout. Donc je ne pense pas que ma musique puisse exister sans ce côté
sentimental.
A : Là où ta musique a commencé à exploser en premier, c’est sur TikTok. Quel regard
portes-tu sur le pouvoir de viralité de ce réseau ?
B : Avant, comme c’était nouveau, je pense qu’on l’a tous vécu, on était un peu méfiants. J’ai
ensuite joué le jeu et ça m’a aidée. Mais pour moi, TikTok, ça tue la musique. Ça a fait naître
autre chose aussi, mais je trouve que c’est dommage, parce que maintenant, on consomme
vraiment la musique comme un fast-food. On ne savoure plus, on est obligé d’être toujours
plus rapide… Je ne pourrais pas dire que je peux lutter contre ça, mais si demain il y a autre
chose que TikTok qui permet d’être viral, j’irai vers là. Mais après, c’est quand même positif
que TikTok existe.
A : Grâce aux réseaux, ta musique est même arrivée jusqu’aux oreilles de Timbaland.
Quel effet ça fait ?
B : J’ai été très surprise. J’ai vu son nom dans mes notifications, je suis partie vérifier si c’était
pas un faux compte, mais c’était bien le vrai !
A : J’imagine que tu as déjà cette ambition-là, mais est-ce que ça motive davantage à
viser à l’avenir un public international ?
B : Ça a vraiment coché des points que j’avais dans ma tête, et c’est vraiment arrivé au
moment où je me demandais si c’était vraiment vers le R&B que je devais aller. Le fait
d’avoir cette validation du King, ça a confirmé que j’étais dans la bonne voie.
A : Il y a beaucoup d’anglicismes dans ton écriture, est-ce que c’est quelque chose qui te
vient naturellement ?
B : Je ne calcule jamais, c’est toujours du feeling. J’écris vraiment comme je parle.
A : Est-ce que tu te verrais chanter un morceau intégralement en anglais ?
B : Pourquoi pas ? On verra bien…
A : Il y a un invité sur l’EP, Ino Casablanca. Est-ce que c’était facile de lui ouvrir les portes
de ton univers ?
B : Avec Ino, ça a été plutôt facile, parce que c’est quelqu’un de très versatile, il est open à tout, c’est vraiment un artiste complet. Après, pour d’autres artistes, ça peut être plus difficile. Sans dire les noms, il y en a d’autres auxquels j’avais pensé, avec qui ça aurait peut-être trop bien marché aussi, mais c’est un choix. Au final, c’était très bien de rester sur un
featuring.
A : Comment s’est faite cette connexion ?
B : C’est lui qui m’a suivie en premier sur les réseaux sociaux, et c’est comme ça que j’ai
découvert son travail que je ne connaissais pas vraiment. Ensuite, quand on s’est retrouvés
en studio, ça s’est super bien passé, et pareil pour la suite, le tournage, la scène, la release
party… Tu y étais, tu as pu constater toi-même ! (Rires)
A : Quel serait ton featuring de rêve ?
B : Ça serait une Beyoncé ou Rihanna, une artiste avec qui j’ai vraiment grandi, ou alors Brandy. Brandy, je pense que j’irais totalement dans son univers, ça serait une des meilleures séances studio de ma vie.
A : Tu as déjà fait pas mal de scènes avant la sortie de l’EP, as-tu pris en compte l’aspect
scénique dans la création de celui-ci ?
B : Ça a joué un petit peu, mais je me suis rendu compte que soit tu fais des morceaux
totalement pensés pour ça, et ça devient autre chose une fois sur scène, soit tu restes toi-
même et tu joues le jeu avec ta propre sonorité, pour qu’à un moment les gens captent. Maisforcément j’y pense par moments.
A : Quelle est ton étape préférée du processus artistique ? L’écriture, l’enregistrement ou
la scène ?
B : Pour l’instant, je dirais la création au studio, c’est là où je suis le plus moi-même, la notion de temps n’y existe presque pas.
Le studio, c’est là où je suis le plus moi-même, la notion de temps n’y existe presque pas.
A : Commences-tu à avoir des vues sur certaines grosses salles parisiennes ?
B : Oui, mais vous verrez lesquelles plus tard ! Si je le dis maintenant ça va perdre un peu de
magie…
A : C’est prévu pour 2027 ?
B : J’espère, mais peut-être avant…
A : Après ton EP, penses-tu déjà à l’étape de l’album ? Te vois-tu en proposer un assez
vite ou plutôt enchaîner les projets plus petits avant d’y arriver ?
B : Je n’y ai pas encore vraiment réfléchi, je suis encore beaucoup focus sur Sentimentale, je
verrai comment ça avance ensuite.
A : As-tu déjà pu rencontrer ton public avec ce projet ?
B : Oui, on a même encore croisé un auditeur en arrivant à l’interview. Ils apportent beaucoup de positif, donc ça fait toujours plaisir de les voir pour de vrai.
A : Est-ce que parmi tes auditeurs et auditrices, tu as pu en rencontrer qui te font penser
à toi plus jeune ? Te sens-tu déjà comme une sorte de modèle pour cette jeunesse ?
B : Je sens que je suis en train de devenir l’artiste que la jeune BB Noyaa aurait aimé
rencontrer, et celle que j’avais envie d’être. Plus ça va avancer, plus j’essaierai de m’en
rapprocher. Et ceux qui m’écoutent, qu’ils soient amenés à finir dans la musique ou dans
autre chose, j’essaie de les pousser, que ça soit dans mes prises de parole ou même dans
mes stories Insta, à devenir ce qu’ils ont envie d’être, et à vivre leurs projets à fond.
J’essaie de pousser ceux qui m’écoutent à devenir ce qu’ils ont envie d’être, et à vivre leurs projets à fond.
A : Un mot de la fin ?
B : Si vous voulez vous sentir grave fraîches ou grave frais, écoutez BB Noyaa !

Crédit photos : @twflvn

